Je suis née au bord de l’Océan. J’ai grandi les pieds dans le sable, les cheveux dans le vent et le regard caressant l’horizon. Enfant comme adolescente, j’imaginais tout un tas d’histoires, de danses de mots et de corps, et toujours ce rêve éveillé que le vent, les vagues, les courants les emportaient là où elles devaient arriver.
J’avais besoin de croire ça, d’entrer dans la grande marche de la transmission. Je courais sans doute après ce qui ne m’avait pas été raconté, l’exil de mes grands-parents italiens, mais je ne le savais pas,. Pas encore. J’avais la nécessité de faire récit, de mettre en récit ce que je traversais. Dès l’enfance j’écrivais des histoires, des poèmes et dans la fougue de l’adolescence, je voulais que la terre entière les entende !
Alors je suis entrée en études théâtrales à Bordeaux (1992). J’y ai découvert les auteurs, les "vrais"… et j’ai rangé mes poèmes ! Ma maîtrise en poche, je me suis lancée. En 2003, j’ai créé le Théâtre du Petit Rien. J’ai accompagné des projets, animé des ateliers, créé des spectacles jeune public, rencontré des bébés et des vieux, découvert la littérature jeunesse, créé des lectures théâtralisées et musicales. J’ai exploré mille formes : clown, danse, improvisation, théâtre d’objets, ombres, origamis… J’aimais les histoires et je cherchais les formes qui me semblaient les plus justes pour les raconter. J’étais une raconteuse d’histoires… très occupée.
Et il y avait les contes qui me fascinaient, m’intriguaient, me touchaient en des endroits secrets, insoupçonnés. J’écoutais les conteurs avec passion, un respect presque religieux. Moi qui venait du théâtre, je ne comprenais pas comment ils travaillaient… Ce qu’ils faisaient avec ces histoires qui pouvaient paraître « poussiéreuses », leur présence au public sans interpréter, sans mise en scène… C’était un art pour moi presque chamanique !
Et je suis restée avec cette question pendant une petite vingtaine d’années.
Et puis les contes m’ont rattrapée. Il faut croire qu’ils avaient attendu que je grandisse, que je mûrisse, que je prenne le temps de sentir la terre sous mes pieds et mes pieds sur la terre.
Au Centre Méditerranéen de Littérature Orale (2020), j’ai reçu un enseignement qui fut pour moi une véritable initiation. J’ai découvert la littérature orale, son histoire riche et complexe, sa nature, sa puissance, la connaissance, la délicatesse et l'exigence que cette matière demande et mérite.
J’ai croisé Henri Gougaud, fréquenté les ateliers de Michel Hindenoch, participé à des stages (Agnès Hollard, Paul Latorre, Gigi Bigot). J’ai dû me défaire de mes peaux de comédienne. J’ai découvert la délicatesse des mots, des silences, la noblesse des chemins que nous offrent les contes. Un art d’être au monde, mouvant, foisonnant.
Et j’ai découvert cet art de la rencontre, cette parole nue, cette porte ouverte sur un invisible à la portée universelle et par conséquent intime à chacun.
Depuis, je conte, je conte, je conte ! En Médiathèque, écoles, festivals, Ehpad, associations… partout où il y a des oreilles qui ont envie d’entendre des histoires…
Le travail ne s’arrête jamais. Le répertoire s’enrichit, s’affine.
Parfois je reviens à mes « anciennes amours ». On me propose un projet théâtral stimulant, on me commande des écritures, récits de vie… Mais je suis toujours là, dans ma maison : le conte.
Et puis il y a la famille, celle des conteuses et conteurs. Auprès de l’APACC
( Association Professionnelle des Artistes Conteurs et Conteuses ), je m’engage. Faire collectif pour préserver, cultiver cette matière, ce métier.
Parce que les contes sont vivants et terriblement, sauvagement, merveilleusement, drôlement humains.
